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Accord UE-Turquie : “Échanger un réfugié contre un autre est indigne”

Bruxelles et Ankara sont parvenus à un accord censé mettre fin à l’afflux de migrants en provenance de la Turquie. L’analyse de François Gemenne, professeur à Sciences-Po et spécialiste des migrations.

A dater du 20 mars, tous les nouveaux migrants arrivant en Grèce en provenance de Turquie seront renvoyés vers ce pays. Au terme de plusieurs jours de négociations, l’Union européenne et Ankara ont conclu un accord destiné à mettre fin aux dangereuses traversées de la mer Egée et à “briser le ‘business model’ des passeurs”. L’accord prévoit, afin de ne pas contrevenir au droit international, que toute demande d’asile fera l’objet d’un “examen individuel” sur les îles grecques. François Gemenne, professeur à Sciences-Po et spécialiste des flux migratoires réagit.

Quels problèmes posent selon vous l’accord conclu entre les 28 et la Turquie ?

Il y a à la fois des problèmes éthiques et légaux, mais aussi techniques. Il est censé dissuader les réfugiés de prendre la mer en direction de l’Europe. Pour chaque nouveau migrant arrivé en Grèce par la mer et renvoyé vers la Turquie, un demandeur d’asile sera légalement accepté par l’UE. Mais comment va-t-on s’y prendre? Comment seront effectués ces renvois ? Que fera-t-on quand le plafond de 72 000 personnes sera atteint? Que va-t-on faire de tous ceux qui sont déjà en Grèce? On estime qu’il y a actuellement plus de 50 000 candidats à l’asile dans ce pays. Les enfants sont-ils inclus dans le deal 1-contre-1? Ils représentent 40 à 45% des migrants. Que fera-t-on de ceux qui prendraient d’autres voies que la Turquie, le Liban ou la Libye, par exemple?

Et quels sont les réserves éthiques et légales ?

Sur le plan éthique, l’UE ne peut pas se défausser de sa responsabilité, sous-traiter les questions d’asile à un pays tiers par ailleurs en pleine dérive autoritaire. Mais les Européens voulaient absolument se débarrasser du problème, au vu des menaces qu’il faisait peser sur la cohérence de l’Union. Échanger un réfugié contre un autre comme une marchandise est également indigne. Au plan légal, il me paraît difficile de considérer aujourd’hui la Turquie comme un pays sûr, et je vois mal comment les autorités grecques vont garantir un examen individuel juste et équitable de chaque demande d’asile, avec possibilité d’appel, dans un temps record. En France, qui reçoit beaucoup moins de demandeurs, le délai moyen est de deux ans! Les juristes de la Commission européenne assurent que l’accord est légal, mais cela ne me semble pas aussi sûr. Dans cette affaire, le droit international compte au fond pour assez peu de choses.

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